Dans les années 80 et 90, j’ai été, comme beaucoup de guitaristes de ma génération, fortement impressionné par les productions du label Shrapnel Records, enseigne fondée par le dénicheur de talents américain Mike Varney. La musique instrumentale a toujours tenu une place à part dans mon cœur et dans ma vie, de Link Wray aux Shadows, en passant par Dick Dale, Jeff Beck, Al Di Meola, Yngwie Malmsteen, Joe Satriani, Steve Vai, et plus récemment Guthrie Govan. La guitare dans toute sa puissance, mais aussi dans toute sa fragilité, peut remplacer une voix chantée et la personnalité de celui qui la joue transpire dans la moindre inflexion, le moindre vibré, la moindre faille. Depuis une trentaine d’années, j’exerce le métier de journaliste musical pour la presse spécialisée guitare. Il m’a appris à aimer les guitaristes, sans aucune notion de clivages, de chapelles, d’écoles, de niveaux. Je les vois comme des êtres magiques dotés de super pouvoirs. L’idée de United Guitars est de réunir des talents, peu importe leur pédigré et leur génération, qu’ils soient connus régionalement, nationalement ou internationalement, et de les faire travailler ensemble dans un studio d’enregistrement, pour concevoir collégialement un album : celui que ne nombreux fans de guitare attendent depuis des années.

united guitars

Dans le cadre de ce projet United Guitars, je suis l'un des guitaristes compositeurs et j’assure la direction artistique. Pour ce premier volume, on retrouve parmi les guitaristes compositeurs et/ou intervenant en guest : Gus G., Rick Graham, Axel Bauer, Richard Daudé, Quentin Godet, Norbert Krief, François « Shanka » Maigret, Judge Fredd, Régis Savigny, Julien Bitoun, Fred Chapellier, Pierre Danel, Youri De Groote, Fabrice Dutour, NeoGeo Fanatic, Jean Fontanille, Yvan Guillevic, Yoann Kempst, Manu Livertout, Saturax, Nym Rhosilir, Anthony Magro... sans oublier Yann Coste (batterie), Morgan Berthet (batterie) et François C. Delacoudre (basse).

United Guitars est donc une célébration de mon amour pour la six-cordes, mais également un acte de résistance. Lorsque j’étais collégien, nous étions nombreux à jouer de la guitare et à monter des groupes de rock. à cette époque, rien n’était plus excitant et grisant que le son d’une guitare électrique, à part éventuellement les premiers ordinateurs Amstrad. Aujourd’hui, la guitare électrique perd beaucoup de terrain et devient peu à peu « l’accordéon des temps modernes ». Elle doit se battre contre de nombreux dérivatifs technologiques, plus accessibles et moins contraignants… Après tout, pourquoi s’infliger autant de souffrances et de remises en question lorsque l’on peut créer une musique galvanisante et bien produite à l’aide d’un simple iPad ? La guitare doit donc revenir en force et toucher le cœur de ceux qui ont huit ou neuf ans aujourd’hui. Nous devons leur montrer la voie, leur donner de nouveaux modèles, de nouveau héros et leur transmettre coûte que coûte cette passion pour un instrument exigeant, mais dangereusement excitant, par le biais duquel ils pourront se confronter à leurs limites, les surpasser, et découvrir le guitariste qui sommeille en eux.
Let there be guitar !                           

Ludovic Egraz